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AFFAIRE LOCAM : LA QUESTION DÉCISIVE DU BON DE LIVRAISON

Dans les litiges relatifs aux contrats LOCAM et aux montages associant prestation de services et location financière, la question du bon de livraison constitue souvent l’un des points juridiques déterminants du dossier.
Dans ce type de montage contractuel, un prestataire commercialise une prestation auprès d’un professionnel démarché (création de site internet, fourniture de logiciel, référencement, etc.), tandis qu’une société de financement en assure le paiement immédiat. Le client rembourse ensuite l’opération sous la forme de loyers mensuels.
La signature d’un bon de livraison ou de conformité constitue alors l’élément déclencheur du mécanisme : elle atteste, en principe, de l’exécution de la prestation et permet la mise en place du financement.
Ce document, souvent présenté comme une simple formalité administrative, joue en réalité un rôle central dans l’économie du montage contractuel.
1. Le rôle du bon de livraison dans le montage contractuel
Dans le schéma classique, trois acteurs interviennent :

  • le prestataire (création de site, logiciel, matériel, services numériques) ;
  • le professionnel démarché ;
  • la société de financement (LOCAM).

La mise en place du contrat de location est généralement subordonnée à la production d’un bon de livraison ou de conformité par lequel le client atteste avoir reçu le bien ou la prestation.
La signature de ce document entraîne en pratique :

  • le règlement du fournisseur par la société de financement ;
  • le démarrage des loyers ;
  • et, bien souvent, l’irrévocabilité du financement.

Il ne s’agit donc pas d’un simple accusé de réception, mais d’un acte générateur d’effets juridiques importants.

2. Les irrégularités fréquemment constatées
Dans de nombreux dossiers, plusieurs situations récurrentes sont observées :

  • signature du bon de livraison le jour même du démarchage, avant toute exécution réelle ;
  • bon signé alors que le site internet ou le logiciel n’est pas finalisé ;
  • document présenté comme une simple formalité administrative ;
  • bon prérempli ou non daté ;
  • signature électronique sans lien réel avec l’état d’exécution de la prestation.

Dans certains cas, le document atteste d’une « livraison conforme » alors que la prestation est inexistante ou manifestement incomplète.

3. La signature anticipée du bon de livraison
La jurisprudence se montre particulièrement attentive aux situations dans lesquelles le bon de livraison est signé le jour même du démarchage, parfois en même temps que le contrat principal et le contrat de financement.
Dans ce type de configuration, la prestation invoquée — création d’un site internet, fourniture d’un logiciel ou mise en place d’un service numérique — ne peut matériellement pas avoir été exécutée au moment de la signature.
Les juridictions considèrent alors que le bon de livraison ne constitue pas nécessairement une preuve fiable de l’exécution de la prestation.
Un tel document peut être analysé comme un acte purement formel destiné à déclencher le financement, sans correspondre à la réalité de la livraison ou de la prestation.
Cette situation est d’autant plus révélatrice lorsque le bon de livraison est signé avant toute mise en ligne effective du service ou alors que la prestation implique nécessairement un délai technique d’exécution.
Dans ces conditions, la valeur probatoire du document peut être relativisée et ne fait pas obstacle, le cas échéant, à la contestation du contrat principal ou du contrat de financement.

4. Portée juridique du bon de livraison
En droit commun des obligations, la signature d’un bon de réception fait naître une présomption d’exécution conforme.
Toutefois, cette présomption n’est pas irréfragable.
Lorsque le bon de livraison est signé :

  • sous pression ;
  • par erreur sur la portée de l’acte ;
  • ou avant toute exécution effective,

sa valeur probatoire peut être discutée.

En présence d’un démarchage hors établissement, la question peut également se combiner avec le respect des règles relatives au droit de rétractation, notamment lorsque le déclenchement du financement intervient de manière anticipée.

5. Interdépendance contractuelle et caducité
Dans les montages associant un contrat principal et un contrat de financement, la jurisprudence admet désormais l’interdépendance des contrats.
Lorsque le contrat principal est annulé (défaut d’information, pratique trompeuse, absence de cause réelle), le contrat de financement peut être frappé de caducité.
Dans cette logique, la signature d’un bon de livraison ne suffit pas nécessairement à purger les irrégularités affectant l’ensemble contractuel.
6. Enjeu contentieux
La question du bon de livraison ne relève donc pas d’une simple formalité administrative. Elle peut conditionner notamment :

  • la validité du financement ;
  • la poursuite des prélèvements ;
  • la possibilité d’obtenir restitution des sommes versées ;
  • et, le cas échéant, la désactivation des services concernés.

Chaque situation nécessite une analyse précise :

  • date de signature du document ;
  • chronologie réelle d’exécution de la prestation ;
  • contenu effectif du service fourni ;
  • conformité du document aux exigences légales.

Dans les dossiers LOCAM, le bon de livraison constitue fréquemment le point d’appui central du raisonnement juridique.
La plus grande prudence s’impose donc au moment de sa signature.
Ce document ne doit être signé qu’après vérification complète de la réalité et de la conformité de la prestation fournie.
Lorsque la prestation n’est pas totalement exécutée, ou lorsque des anomalies subsistent, il est préférable de refuser la signature du bon de livraison ou, à tout le moins, d’y faire figurer des réserves précises et datées.
Un bon de livraison signé sans réserve peut en effet être invoqué par la société de financement pour justifier la mise en place définitive du financement et l’exigibilité des loyers.
Dans les dossiers LOCAM, la signature du bon de livraison marque souvent le point de bascule du litige.
Si vous êtes confronté à un contrat LOCAM ou à un montage similaire associant prestation de services et location financière, notre cabinet peut vous assister dans l’analyse de votre situation et l’évaluation des recours possibles. N’hésitez pas à nous contacter pour un examen de votre dossier.